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Qu'est-ce que la pièce de théâtre Les Belles-soeurs?
En 1965, Michel Tremblay, dramaturge, romancier et scénariste, a révolutionné l’histoire du théâtre québécois à tout jamais. Trois ans après l’écriture de la pièce Les Belles-sœurs, le rideau se lève au Théâtre du Rideau Vert. Sur la scène, Germaine Lauzon, la protagoniste, gagne un million de timbres GoldStar. Pour arriver à coller tous ses timbres dans ses carnets et obtenir les récompenses du catalogue, elle invite les femmes de son entourage chez elle. Un peu plus tard, autour de la table de cuisine, quinze femmes du milieu ouvrier montréalais déblatèrent leur insuffisance et leurs frustrations face à leur vie au quotidien.
Avec des comédiennes comme Janine Sutto, Denise Filiatrault, Denise Proulx et Hélène Loiselle qui ont donné des performances inoubliables, Les Belles-sœurs est une pièce qui ne passe pas inaperçue. Malgré le fil conducteur bien banal basé sur un « party de collage de timbre », Michel Tremblay réussit à chambouler le public québécois. Il a su mettre en scène la classe ouvrière du Québec des années soixante, sans concession ou censure, dans ses réalités les plus crues : la pauvreté, la condition féminine, l’omniprésence de la religion et la langue… N’avoir que des femmes sur scène n’était pas quelque chose de commun à l’époque, mais avoir des personnages qui parlent le joual en est une autre. Dans une période où le dialecte québécois populaire représente « l’anémie culturelle » (Radio-Canada, 2018) aux yeux de l’élite académique, et est perçu comme inarticulé, incorrect ou inintelligible, l’utilisation de ce français au théâtre est choquante. Malgré les francophones puristes et la controverse autour des Belles-sœurs, le dramaturge a réussi à faire un succès à l’international avec une traduction allemande, polonaise, anglaise et italienne.
Qu'est-ce que le joual?
Le terme joual trouve sa provenance dans le mot cheval, prononcé ainsi par la classe populaire du 17e siècle (les paysans du Québec d’autrefois). En faisant référence au manque d’éducation du peuple, parler en joual signifie donc de parler de manière inarticulée. La langue française en Amérique subit une modification également par la présence des anglophones, qui occupaient un pouvoir décisionnel au sein des usines ou des commerces en milieu urbain. Pour plusieurs, le joual était considéré comme un symbole d'aliénation collective des Québécois, ce qui justifierait un besoin de renforcement du purisme à l’égard de la langue française.
Or, à partir des années 60, on vit pour la première fois une reconnaissance de ce dialecte au sein d’un objet culturel influent : le théâtre. C’est ainsi que Michel Tremblay, créateur de la pièce Les Belles-sœurs, tente de prouver à la population québécoise que le joual a une grande valeur identitaire et que l’on devrait en être fière. La Révolution tranquille est aujourd’hui perçue comme une époque de remise en question linguistique et d’affirmation culturelle au Québec qui prend autant place dans nos sphères politique, économique et sociale. Tel qu’émis par M. Tremblay à un article haineux de La Presse en 1973 : « Quelqu'un qui a honte du joual, c'est quelqu'un qui a honte de ses origines, de sa race, qui a honte d'être québécois. » (Leclerc).

Et le théâtre dans les années 1960?
En 1960 prend fin le pouvoir politique de l’Union Nationale, doté d’une idéologie conservatrice et nationaliste. Ses tendances conformistes furent remplacées par le programme réformiste du Parti libéral de Jean Lesage le 22 juin 1960. À la suite de cette élection, plusieurs réformes politiques, économiques et culturelles, comme la mise à pied d’un ministère des Affaires culturelles (1961) ou la création de la Société générale de financement (SGF) (1962), redéfinissent peu à peu l’identité de la société québécoise. Ce bouleversement de régime est également marqué par la diminution du pouvoir du clergé. Ce mouvement anticonformiste influencera le champ culturel montréalais au travers notamment de la scène québécoise, qui subira une déconstruction et une désolidarisation des textes dramatiques classiques. Désormais, on tente d’exposer de manière réaliste le quotidien des Québécois par des œuvres artistiques à succès. Ainsi, le Québec des années 60 subit une « transformation de la représentation même de la culture, son rôle, son statut et sa définition intrinsèque » (Bellavance, 2012). Le théâtre obtient une force identitaire plus vive que jamais, puisqu’elle reflète l’évolution d’une société qui fut trop longtemps soumise à des valeurs traditionnelles dépassées. Désormais, plusieurs artistes engagés ont pour objectif de provoquer un changement réel sur la scène québécoise.
